Communiqué

Drame d’El Harrach : Communiqué du FFS

Alger, le 17 août 2025

La tragédie survenue, le vendredi 15 août 2025 avec la chute d’un bus de transport dans l’Oued El Harrach, ayant coûté la vie à 18 personnes, a bouleversé la nation tout entière. Le Front des Forces Socialistes (FFS) s’incline une nouvelle fois devant la mémoire des victimes, exprime sa solidarité indéfectible aux familles endeuillées et adresse ses vœux de prompt rétablissement aux blessés.

Le FFS salue le courage exemplaire de plusieurs de nos concitoyens qui n’ont pas hésité à se jeter dans les eaux dangereuses, au péril de leur vie, pour sauver des passagers de la noyade. Ces héros anonymes incarnent, par leur bravoure, la noblesse du peuple algérien et méritent reconnaissance et gratitude.

Après le temps de l’émotion et du recueillement, vient celui de la vérité et des responsabilités, afin d’éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Il faut le dire clairement, sans ambiguïté, la responsabilité des pouvoirs publics est entière et multisectorielle. Ce drame révèle une faillite systémique dans la gestion du secteur du transport et de la sécurité routière.

De Tamanrasset à El Bayadh, en passant par Alger, l’hécatombe routière se poursuit depuis des années. En 2024 seulement, selon les statistiques officielles, 3 740 personnes ont perdu la vie et 35 556 ont été blessées dans 26 272 accidents enregistrés à travers le pays. Ces chiffres effroyables appellent des réponses urgentes et des mesures concrètes.

Parmi les causes structurelles à l’origine de cette situation, se trouvent : la dégradation de nombreuses routes à travers le pays, mal entretenues ou inadaptées au trafic qu’elles supportent, ce qui augmente considérablement les risques d’accidents graves ; l’état général du parc national de transport est aussi alarmant. Des milliers de bus vétustes circulent encore quotidiennement, faute d’un plan national de renouvellement et d’investissement. Le tout est aggravé par la fermeture du marché national du neuf : les restrictions bureaucratiques ont freiné l’importation de bus modernes et de pièces de rechange, contraignant les exploitants à prolonger l’usage de véhicules obsolètes.

De même, la politique de contrôle est largement déficiente : Les contrôles techniques sont trop souvent fictifs, réduits à de simples formalités administratives. Des véhicules manifestement hors d’usage obtiennent malgré tout leur certificat de conformité ; Le contrôle du personnel de transport est quasiment inexistant : absence de formation continue, de suivi des heures de conduite, et d’évaluations médicales ou psychologiques régulières.

Ce cumul de négligences et de manquements traduit un désengagement progressif de l’État au profit d’un secteur privé, livré à l’anarchie, dans un domaine pourtant stratégique relevant directement de sa souveraineté.

Fidèle à son rôle d’opposition et de proposition, le FFS rappelle que son programme présidentiel « Vision » a proposé des mesures ambitieuses dans le domaine du transport et de la mobilité.

À court terme, nous proposons de : lever toutes les contraintes bureaucratiques entravant l’importation de pièces de rechange et de véhicules neufs ; suspendre de la circulation les véhicules de transport collectif jugés dangereux, quel que soit leur âge ; renforcer les contrôles techniques par des inspections inopinées, tout en luttant rigoureusement contre les passe-droits.

À moyen terme, nous préconisons : la création d’établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) dans chaque wilaya, pour réorganiser le transport urbain et interurbain. Il est temps que l’Etat reprenne en main le secteur des transports. Nous proposons également le lancement d’un plan national de renouvellement progressif du parc de bus et d’autocars ; la mise en place d’un encadrement strict du personnel de transport : formation obligatoire, suivi médical et psychologique, limitation des heures de conduite, etc.

À long terme, nous appelons à : l’instauration d’une politique nationale de mobilité durable et hybride, fondée sur la diversification et la modernisation des moyens de transport ; le lancement de nouveaux projets donnant la priorité au rail, au métro et au tramway dans une stratégie intégrée de transport multimodal ; la généralisation des technologies de contrôle (permis à points, obligation de double chauffeur sur les longues distances, mouchards électroniques pour certaines catégories de véhicules, etc.).

Dans l’immédiat, le FFS réclame l’ouverture d’une enquête sérieuse afin de situer toutes les responsabilités, dans ce drame.

Il appelle aussi à l’organisation d’assises nationales pour la sécurité routière, afin de débattre de l’ensemble de ces enjeux et d’adopter une feuille de route capable de mettre fin à cette hécatombe. Toutes mesures prises dans la precipitation et sans concertation risqueraient de recycler l’échec.

Ces assises doivent rassembler l’ensemble des acteurs concernés par cette problématique : institutions de l’État, syndicats des transporteurs, agents économiques, associations de protection des usagers de la route, experts, collectivités locales et organisations de la société civile.

L’objectif est de dresser un diagnostic rigoureux et partagé de la situation, et d’élaborer une feuille de route ambitieuse, réaliste et applicable pour enrayer durablement l’hémorragie sur nos routes.

Ces assises devront aborder toutes les dimensions du problème : infrastructures, réglementation, contrôle, formation, équipement, prévention, gouvernance et financement. Elles devront déboucher sur des engagements fermes, traduits dans un plan d’action national assorti de moyens, de délais et de mécanismes de suivi et d’évaluation.

La sécurité routière ne peut plus être traitée comme une urgence ponctuelle à chaque drame : elle doit devenir une priorité nationale permanente, portée au plus haut niveau de l’État.

Le drame d’El Harrach ne doit pas être un deuil de plus, mais un point de rupture avec les politiques et la gestion du passé car la protection de la vie et de la santé des citoyens est une mission régalienne et constitutionnelle de l’État que les pouvoirs publics doivent pleinement assumer.

Youcef Aouchiche
Premier Secrétaire national du FFS

Publications similaires