Allocution d’ouverture du colloque international sur la trajectoire politique et l’héritage intellectuel de Hocine Aït Ahmed

Allocution d’ouverture du colloque international sur la trajectoire politique et l’héritage intellectuel de Hocine Aït Ahmed

Alger, le 17 janvier 2026.

Mesdames et Messieurs,
Chers historiens, chercheurs et universitaires, algériens et étrangers,
Chers amis de la presse,
Chers camarades,
Honorable assistance,

Salam, Azul,

Votre présence aujourd’hui, si nombreuse et prestigieuse, honore ce rendez-vous académique, honore le Front des Forces Socialistes, et honore surtout la mémoire d’un homme dont la vie se confond avec l’histoire contemporaine de l’Algérie.

Je vous remercie sincèrement d’avoir répondu favorablement à notre invitation et d’avoir accepté de soumettre à l’examen critique et rigoureux, une œuvre politique et intellectuelle d’une exceptionnelle densité.

Ce colloque s’inscrit avant tout dans un devoir de transmission ; un devoir historique qui nous oblige ; un devoir qui s’oppose frontalement aux tentations du révisionnisme, aux simplifications abusives, aux reconstructions idéologiques erronées, ainsi qu’aux entreprises visant à effacer la complexité et la diversité du combat national.

Or, transmettre, ce n’est pas sanctifier, ce n’est pas figer, et encore moins instrumentaliser.

Transmettre, c’est plutôt restituer honnêtement les faits, les débats, les contradictions, les choix et les sacrifices, dans leur contexte et dans leur épaisseur historique.

Transmettre, ce n’est pas seulement préserver une mémoire, archiver des documents ou transcrire des faits !

Transmettre, c’est aussi assurer la continuité des valeurs du combat, c’est empêcher que l’histoire ne soit réduite à un héritage inerte, vidé de sa substance politique et morale.

La transmission véritable engage une responsabilité : celle de faire passer, d’une génération à l’autre, non seulement les événements, mais également le sens, l’éthique et l’exigence qui les ont portés.

Transmettre, c’est refuser toute rupture artificielle entre le passé et le présent, qui dissimule en réalité une volonté de dépolitisation de la société.

Transmettre, c’est inscrire les engagements d’hier dans les combats d’aujourd’hui et de demain.

Enfin, transmettre, c’est faire en sorte que les valeurs de liberté, de justice, de souveraineté populaire et de dignité humaine ne restent pas de simples références incantatoires, mais deviennent des principes vivants, capables d’éclairer l’action politique et de structurer une conscience citoyenne exigeante, à la hauteur des enjeux du moment et des défis à venir.

C’est pourquoi l’écriture de l’histoire sur des bases académiques rigoureuses s’impose à nous comme une urgence nationale car une société qui renonce à l’exigence historique renonce, tôt ou tard, à sa liberté et à sa souveraineté.

L’histoire ne doit pas être un récit de circonstance, encore moins un outil de légitimation conjoncturelle. Elle est l’une des plus nobles disciplines des sciences humaines, un champ de connaissance critique indispensable pour éclairer les luttes passées et comprendre les impasses comme les espérances du présent.

Au cœur de ce travail de mémoire se dresse la figure de HOCINE AÏT AHMED.

Chef historique de la Révolution algérienne, il fut de ceux qui, très tôt, ont compris que l’indépendance ne pouvait être un simple transfert de souveraineté territoriale, mais qu’elle devait être une libération globale : politique, sociale et morale.

Il appartient à la génération fondatrice de l’Algérie indépendante qui a pensé la révolution comme le prélude à un État de droit, une République démocratique et sociale, fondée sur la justice et la souveraineté populaire.

Homme politique visionnaire et démocrate impénitent, Hocine Aït Ahmed a consacré plus de soixante-dix ans de sa vie à un combat structuré, cohérent, parfois solitaire, mais toujours fidèle à ses convictions.

Il s’est forgé dans un anticolonialisme inné, nourri par une culture politique universelle, attentive aux luttes des peuples, aux droits de l’Homme et à la dignité des nations.

Intellectuel éclairé et humaniste engagé, Hocine Aït Ahmed n’a jamais dissocié la pensée de l’action, ni la morale de la politique. Il a inlassablement œuvré pour la paix civile, la réconciliation et le consensus national.

Il a défendu, sans relâche, les principes démocratiques, non comme un luxe importé d’ailleurs, mais comme une exigence universelle, ancrée dans les mœurs des peuples nord-africains.

Son engagement fut guidé par une articulation rare et exigeante entre l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. Cette tension féconde a structuré son action politique durant plus de sept décennies.

Il a toujours su allier démocratie et patriotisme, considérant ces deux principes comme indissociables.

Assurer la continuité de ce combat, aujourd’hui, c’est également refuser l’instrumentalisation du récit national et des parcours historiques de nos pères fondateurs. C’est refuser que l’engagement des grandes figures de la lutte de libération nationale soient réduit symboles unanimistes, vidées de leurs singularités et de leurs profondeurs politiques et idéologiques.

Hocine Aït Ahmed n’a jamais recherché le confort d’un consensus factice, il a systématiquement opté pour le choix difficile : la recherche d’un véritable consensus national fondé sur un triptyque : unité nationale, paix civile et souveraineté nationale et populaire.

Ainsi, il nous a transmis – et nous revenons ici à la question de la transmission – ce que signifie préserver la cohérence d’un combat : faire vivre l’idée que la démocratie n’est pas une concession de l’histoire, mais une conquête quotidienne ; que le pluralisme n’est pas une menace pour l’unité nationale, mais sa condition ; que la fidélité à la patrie ne s’oppose jamais à la liberté du citoyen, mais s’en nourrit.

Mesdames et Messieurs,

Dans un monde en proie aux tentations hégémoniques et à la résurgence de l’impérialisme où l’humanité semble perdre, jour après jour, les valeurs qui la font ; dans un monde où la politique est de plus en plus réduite à un spectacle médiatique navrant, faire revivre le Parcours du Combattant Hocine Aït Ahmed, c’est perpétuer l’Esprit d’Indépendance dans toutes ses dimensions.

C’est rappeler que la politique peut être une élévation et non une déchéance.

C’est rappeler que l’engagement peut être fidèle, long et cohérent.

C’est rappeler que la démocratie n’est pas un héritage, mais un processus de construction permanente de la société.

Les valeurs qu’il a portées – patriotisme, liberté, pluralisme, primauté du droit et de la justice, respect de la dignité humaine – sont plus que jamais d’actualité. Elles constituent une boussole pour les générations présentes et futures.

Chers invités, chers conférenciers,

Durant ces deux journées, vous scruterez ce parcours riche, complexe, parfois douloureux, toujours exemplaire. Vos analyses, vos débats et vos regards croisés contribueront certainement à enrichir notre compréhension collective, à dépasser les lectures réductrices et à inscrire Hocine Aït Ahmed dans l’histoire universelle des luttes démocratiques et humanistes, qu’il incarnait à sa manière.

Au nom du Front des Forces Socialistes, et en ma qualité de Premier Secrétaire national, je vous remercie encore pour votre présence, votre engagement intellectuel et votre contribution à cette œuvre de transmission et de vérité historique.

C’est donc avec une émotion profonde que je déclare ouverts les travaux de ce colloque consacré à la trajectoire politique et l’héritage intellectuel de Hocine Aït Ahmed.

Je vous souhaite des travaux fructueux.

Merci à toutes et à tous.

Youcef Aouchiche
Premier Secrétaire national du FFS
…………………………………………………………………

الكلمة الافتتاحية للأمين الوطني الأول

في الملتقى الدولي حول المسار السياسي والإرث الفكري للمناضل حسين آيت أحمد

السيدات والسادة،

حضرات المؤرخين والباحثين والأساتذة الجامعيين الأفاضل، من الجزائر ومن خارجها،

الرفيقات والرفاق الأعزاء،

أيها الحضور الكريم،

السلام عليكم ورحمة الله وبركاته،

أزول فلاون،

يشرفني، ويشرف جبهة القوى الاشتراكية، ويشرف قبل كل شيء ذكرى رجلٍ نذرت حياته بكاملها لقضية الوطن و الحرية و الديمقراطية، أن أرحب بكم في هذا الملتقى الدولي الذي يجمع شخصيات و نخبة من الأكاديميين والمؤرخين حول أحد أبرز رموز التاريخ السياسي الجزائري المعاصر: المجاهد و المناضل الراحل حسين آيت أحمد.

إن حضوركم الكثيف والنوعي يمنح هذا الموعد الأكاديمي قيمة علمية وأخلاقية استثنائية، ويؤكد أن الذاكرة الوطنية، حين تُقارب بمنهج نقدي صارم ومسؤول، تظل مجالًا حيًا للفهم والتفكير و البناء، لا مجرد مستودع للتقديس أو التوظيف الإيديولوجي. ومن هذا المنطلق، أتقدم إليكم بجزيل الشكر وخالص الامتنان على تلبيتكم دعوتنا، وعلى قبولكم إخضاع الإرث السياسي والفكري والأخلاقي الغزير لحسين آيت أحمد للنقاش الأكاديمي الجاد، الدقيق، والمسؤول.

إن هذا الملتقى يندرج، في جوهره، ضمن واجب نقل الإرث التاريخي (transmission)، وهو واجب لا يحتمل التراخي ولا التبسيط، لأنه يتصل مباشرة بمسألة الحقيقة و الاستمرارية، وبقدرة المجتمع على صون ذاكرته من التحريف، والاختزال، وإعادة البناء الانتقائي للتاريخ وفق منطق الهيمنة أو المصلحة الظرفية.

فنقل الإرث التاريخي ليس فعلَ أرشفةٍ باردة، ولا تمرينًا احتفاليًا على استحضار الماضي، بل هو فعل سياسي وأخلاقي بالدرجة الأولى. إنه مواجهة مباشرة مع نزعات التزييف، ومع القراءات السطحية المغرضة، ومع محاولات طمس تعقيدات الكفاح الوطني، وتفريغه من تناقضاته، وخياراته الصعبة، وتضحياته المؤلمة.

إننا، حين ننقل الإرث، لا نفعل ذلك من أجل التقديس، ولا من أجل الاستثمار الرمزي، بل من أجل ضمان استمرارية المعنى: معنى النضال، ومعنى الالتزام، ومعنى القيم التي من دونها يفقد التاريخ روحه، وتتحول الذاكرة إلى مادة جامدة، منزوعـة الجوهر السياسي والأخلاقي.

فنقل الإرث التاريخي مسؤولية تمرير المعنى من جيل إلى جيل؛ مسؤولية نقل الأخلاق، لا الوقائع فقط؛ ومسؤولية الحفاظ على الصلة العضوية بين الماضي والحاضر، ورفض القطيعة المصطنعة بينهما. إنه إدراج التزام الأمس في معارك اليوم، وتحويل قيم الحرية، والعدالة، والسيادة الشعبية، والكرامة الإنسانية من شعارات مجردة إلى مبادئ حية، قادرة على إنارة الفعل السياسي الراهن، وبناء وعيٍ مواطني نقدي، في مستوى رهانات اللحظة وتحديات المستقبل.

ومن هنا، تفرض ضرورة كتابة التاريخ على أسس أكاديمية صارمة نفسها كضرورة وطنية ملحة. فالتاريخ ليس سردًا ظرفيًا، ولا أداة لتبرير مواقف آنية، بل هو أحد أسمى حقول المعرفة الإنسانية، وشرط من شروط الحرية. إن المجتمع الذي يتخلى عن البحث التاريخي الجاد، يتخلى، عاجلًا أم آجلًا، عن قدرته على فهم ذاته، وعن سيادته على مصيره.

وفي صلب هذا العمل المتصل بالذاكرة، تتجلى شخصية المجاهد و المناضل حسين آيت أحمد: أحد القادة التاريخيين للثورة الجزائرية، ومن أوائل من أدركوا أن الاستقلال لا يُختزل في نقل السيادة الترابية، بل لا بد أن يكون تحررًا شاملًا: سياسيًا، واجتماعيًا، وثقافيًا، وأخلاقيًا. ينتمي حسين آيت أحمد إلى الجيل المؤسس للجزائر المستقلة الذي نظر للثورة كتمهيد ضروري لبناء دولة القانون، وجمهورية ديمقراطية واجتماعية، قائمة على السيادة الشعبية.

كان رجلَ سياسةٍ صاحب رؤية، وديمقراطيًا لا يساوم، كرّس أكثر من سبعين عامًا من حياته لنضال منظم، متسق، وطويل النفس. ورغم العزلة، والاضطهاد، والمنفى، والسجن، ظل وفيًا لمبادئه، ثابتًا على قناعاته، رافضًا التكيف الانتهازي مع موازين القوة.

تشكّل وعيه السياسي في إطار مناهضة استعمارية راسخة، وتغذى من ثقافة سياسية منفتحة على العالم و على نضالات الشعوب و حقوق الإنسان و كرامة الأمم. وكان مفكرًا مستنيرًا، وإنسانيًا ملتزمًا، لم يفصل يومًا بين الفكر والممارسة، ولا بين الأخلاق والسياسة. فالفكر لديه لم يكن ملاذًا، بل أداة نضال؛ والكلمة لم تكن حيلة، بل التزامًا؛ والمعارضة لم تكن وضعية، بل واجبًا.

وطوال مسيرته، عمل حسين آيت أحمد بلا كلل من أجل السلم المدني، والمصالحة الوطنية، والتوافق السياسي، مؤمنًا بأن الديمقراطية ليست حالة استقرار، بل مسار بناء سياسي دائم. وقد قام التزامه السياسي على توازن نادر بين أخلاق القناعة وأخلاق المسؤولية، جامعًا بين الوطنية والديمقراطية، باعتبارهما مبدأين لا ينفصلان.

إن استمرارية هذا النضال اليوم تقتضي رفض الابتذال، ورفض الاستغلال الانتهازي للتاريخ، ورفض تحويل السردية و الشخصيات التاريخية إلى رموز فاقدة لمضمونها و عمقها السياسي والإيديولوجي. فحسين آيت أحمد لم يسعَ يومًا وراء الإجماع الزائف بل كرس كل نضاله لبناء توافقات أساسية حول ثلاثية الوحدة الوطنية، السلم المدني و السيادة الوطنية والشعبية.

إن تناقل إرث حسين آيت أحمد يعني الحفاظ على تماسك نضال لم يتغير في جوهره ويعني التأكيد على أن الديمقراطية ليست منحة من التاريخ، بل معركة بناء دائمة؛ وأن التعددية ليست تهديدًا للوحدة الوطنية، بل شرطًا من شروطها؛ وأن الوفاء للوطن لا يتعارض مع حرية المواطن، بل يتغذى منها.

السيدات والسادة،

في عالمٍ تعصف به نزعات الهيمنة، وتتآكل فيه القيم المؤسسة للإنسانية، ويُختزل فيه الفعل السياسي في الاستعراض، الانتهازية و الشعبوية فإن استحضار مسار حسين آيت أحمد هو استحضار لروح الاستقلال بكل أبعاده. هو تذكير بأن السياسة يمكن أن تكون ارتقاءً أخلاقيًا، لا انحطاطًا؛ وبأن الالتزام يمكن أن يكون وفاءً، وانسجامًا، ونزاهة؛ وبأن الديمقراطية نضال وبناء مستمران للأوطان.

إن القيم التي حملها ، الوطنية، والحرية، والتعددية، وسيادة القانون، والعدالة، واحترام الكرامة الإنسانية، ما تزال، اليوم أكثر من أي وقت مضى، بوصلة للأجيال الحالية والقادمة.

أيها الضيوف الكرام، أيها الباحثون الأعزاء،

خلال هذين اليومين، ستتناولون هذا المسار الثري، المعقد، والمؤلم أحيانًا، والمبدئي دائمًا. وستسهم قراءاتكم وتحليلاتكم في إثراء فهمنا الجماعي، وفي تجاوز القراءات الاختزالية، وفي إدراج حسين آيت أحمد ضمن التاريخ الكوني للنضالات الديمقراطية والإنسانية.

وباسم جبهة القوى الاشتراكية، وبصفتي الأمين الوطني الأول، أجدد لكم الشكر على حضوركم، وعلى التزامكم الفكري، وعلى مساهمتكم في هذا العمل النبيل المتعلق بنقل الإرث التاريخي والفكري، ونقل الحقيقة، والوفاء لقيم النضال.

وباستحضار أعمق مشاعر التقدير والاعتزاز، أعلن افتتاح أشغال هذا الملتقى الدولي المخصص للمسار السياسي والإرث الفكري للمناضل حسين آيت أحمد.

أتمنى لكم أشغالًا موفقة ونقاشات مثمرة.

شكرًا لكم.

الأمين الوطني الأول
يوسف أوشيش

Publications similaires