Message de la famille Mécili au Colloque international Hocine Aït Ahmed

Je suis très émue d’être avec vous aujourd’hui pour rendre hommage à Hocine Aït Ahmed. Pour moi et pour mon frère c’était Tonton Hocine qui a continué de veiller sur nous après la mort de notre père, André Ali Mécili.

Je pense qu’on ne peut pas rendre hommage à Hocine sans évoquer les liens qui unissaient Hocine et Ali.

Et aucun mot mieux que ceux d’Hocine pour témoigner de leur rencontre et de leur amitié . Il a été tellement bouleversé par sa mort qu’il en parlé dans beaucoup de correspondances et ce qui frappe c’est combien Ali est resté présent, toujours.

«Le 2 janvier 1971, Mon cher Ali, j’ai lu ta lettre avec beaucoup de plaisir. Comme toujours, nous sommes sur la même longueur d’ondes. Ni aigrissement, ni résignation. Un homme sincère est condamné, pour ne pas renier les moments les plus nobles de sa vie, à tourner à chaque fois la page avec lucidité bien sûr et sans complaisance. C’est difficile quand on est écœuré d’être écœuré ou pire quand rien ne peut plus vous écœurer. Aussi est-il utile de se renouveler pour garder un certain niveau dans la vision des hommes et des choses et dans la conception de ses propres engagements. Que dire à l’ échelle de notre pays, sinon que face au cercle vicieux qui malheureusement s’agrandit, le dernier carré doit garder la netteté de ses angles.»

Au lendemain de l’assassinat d’Ali il écrira : «Ali … encore la foudre… Ce coup me paraît le plus dur. Comment ne pas craquer ? (…) Ali est mort à ma place. Je perds plus qu’un camarade : un interlocuteur, un complice, un ami, un confident de la vie quotidienne, la vie vraie je veux dire. Celle qui n’a que faire des tabous et des conformismes ambiants. Je crois que la plus grande force qui nous ait été donnée à tous les deux pour tenir bon si longtemps face à la bêtise et à l’ignorance, est de tellement aimer la vie, la musique, les livres, au point que personnellement, j’ai systématiquement refusé de voir le malheur même si j’en ai été la victime.»

«Quand les assassins vous arrachent un être si proche qu’il vous semble une part de vous-même, plus le temps passe et plus ce « membre fantôme» de vous-même vous manque et sa perte ressemble davantage à une amputation»

«Là où des hommes vivent, souffrent et résistent de toutes les forces qu’ils arrivent à soustraire à la domination et à l’humiliation, l’esprit d’Ali est là.»

«Ali retissait les liens que la domination travaillait à rompre de manière à jeter les hommes comme des chiens les uns contre les autres. Une domination qui avait le hideux visage colonial ou les traits de l’autoritarisme mafieux, ou encore ceux des manipulations barbouzardes.»

«C’est pour cela, plus que jamais, que l’esprit rassembleur de Mécili, son sens politique, son engagement humaniste et sa culture ouverte sur le monde qui refuse les replis mortifères nous manquent tant. C’est pour cela qu’il a été tué, que par-delà sa mort, on continue à vouloir le tuer encore en tentant de récupérer et de pervertir sa mémoire, en empêchant la vérité d’apparaître à travers une justice véritablement indépendante et qui serait au-dessus de tous les pouvoirs et de tous les systèmes.»

Pour finir, écoutons Ali: «Hocine Aït Ahmed demeure l’exemple d’une tragédie qui restera longtemps liée à l’Histoire de notre Peuple. Je voudrais qu’il sache que mon plus grand drame aurait été de le voir douter de ma fidélité à notre cause. Mon combat au sein de l’armée de Libération Nationale puis au sein du FFS aura certainement été la période la plus exaltante de mon existence.»

* Lu à l’ouverture du colloque en visioconférence par Léa Mécili, fille d’Ali Mécili.

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