Le FFS commémore les massacres du 8 mai 1945| Discours du Premier Secrétaire national à Kherrata
Kherrata, le 9 mai 2026.
Chères citoyennes, chers citoyens,
Chers camarades,
Chers amis de la presse,
Nous nous retrouvons ici, dans la ville de Kherrata, pour nous incliner avec gravité, respect et fidélité devant la mémoire des 45 000 martyrs des massacres du 8 mai 1945, qui ont endeuillé également les villes de Sétif et Guelma.
Nous sommes ici pour rappeler que ce bout de l’Algérie, comme tant d’autres régions de notre pays, porte dans sa mémoire les blessures profondes d’un crime colonial d’une extrême barbarie.
Nous sommes ici pour dire que le peuple algérien n’a pas oublié. Il n’a pas oublié ses morts, il n’a pas oublié ses souffrances, il n’a pas oublié le prix payé par ses femmes et ses hommes pour qu’il puisse recouvrer sa libertéet sa dignité.
Le 8 mai 1945 marque une fracture historique. Réclamant pacifiquement leur droit à l’autodétermination, dans l’euphorie des célébrations de la défaite du nazisme à laquelle ils ont largement contribué, les Algériens ontreçu en réponse les balles et le sang.
C’est un moment clé où le colonialisme a révélé, dans toute sa brutalité, sa vraie nature : celle d’un système fasciste, fondé sur la négation de l’être humain, la dépossession d’un peuple et l’écrasement de toute aspiration à la dignité.
Hocine Aït Ahmed disait, à raison, que «le 1er novembre 1954 a commencé le 8 mai 1945». L’ampleur de la violence coloniale a ouvert les yeux d’une génération entière, celle de l’OS, du FLN et de l’ALN.
Les massacres, qui ont duré plus d’un mois en toute impunité, ont fait tomber les dernières illusions d’une lutte pacifique contre la présence coloniale.
Nos pères fondateurs ont alors compris que l’indépendance ne serait pas concédée et qu’elle devait être arrachée par la révolution armée, par l’organisation politique et parl’unité de tout le peuple algérien.
C’est pourquoi nous sommes ici, non seulement pour rendre hommage à nos millions de martyrs, tombés au champ d’honneur entre 1830 et 1962, mais aussi pour transmettre leur message ; non seulement pour rappeler l’horreur du crime colonial, mais pour affirmer que la mémoire est une force vivante, une boussole politique et morale.
Tout à l’heure, je me rendrai également à Sétif, au monument honorant la mémoire de Bouzid Saâl, premier martyr tombé en brandissant notre cher drapeau national. Il avait 26 ans. À lui seul, il incarne le sacrifice consenti par la jeunesse algérienne de l’époque pour que vive l’Algérie libre et indépendante.
Son âge, comme celui des héros du Premier novembre, nous interpelle et nous rappelle que la jeunesse n’a jamais été absente des grands rendez-vous de l’histoire nationale. Elle était à l’origine et au cœur du mouvement national. Elle était à l’origine et au cœur de la guerre de libération nationale. Elle était dans les maquis, dans les montagnes, dans les prisons, dans les villages, dans les villes, dans les universités, dans les usines, dans les manifestations, dans les grèves et, bien sûr, dans les actions militantes en exil.
Chers amis,
Chers militants,
La jeunesse algérienne n’a jamais été une catégorie sociale en marge. Elle a toujours été la force majeure de notre nation. Elle a toujours été à l’avant-garde des ruptures nécessaires, des élans patriotiques et des sursauts de fierté nationale.
81 ans après les massacres du 8 mai 1945, l’enjeu n’est donc pas seulement celui de la mémoire. Il est aussi, et surtout, celui de la transmission.
Transmettre, ce n’est pas commémorer machinalement des dates. Transmettre, ce n’est pas enfermer l’histoire dans des discours officiels creux. Transmettre, c’est donner du sens. C’est expliquer aux nouvelles générations que la liberté a un prix, que la souveraineté a une exigence, que la dignité ne se protège pas par des slogans, mais par des institutions fortes, une société vivante, une jeunesse consciente, une économie productive, une justice indépendante et une démocratie réelle.
Dans un pays où l’âge médian est estimé autour de 28 ans, la question de la transmission devient une question centrale pour l’avenir national.
Que transmettons-nous à cette jeunesse ? Une mémoire vivante ou une mémoire figée ? Une histoire qui libère ou une histoire instrumentalisée ? Des raisons d’espérer ou les ressorts du fatalisme et du défaitisme ? Une volonté de construire ou le sentiment que l’avenir se trouve ailleurs, loin de la patrie, au prix parfois de la mort en hautemer ?
Au FFS, nous parlons aux jeunes algériens avec franchise. Nous comprenons vos inquiétudes, vos colères, vos frustrations et même votre désespoir. Nous comprenons ce que signifie l’absence de perspectives. Nous comprenons ce que signifie le sentiment d’être marginalisé dans son propre pays. Nous comprenons ce que signifie voir des compétences partir, des familles se déchirer, des adolescents risquer leur vie dans la harga, comme si l’exil était devenu le seul horizon possible.
Mais nous devons aussi dire, avec la même franchise, que l’Algérie n’est pas condamnée. Notre pays n’est pas condamné au statu quo. Il n’est pas condamné à l’immobilisme. Il n’est pas condamné à voir sa jeunesse choisir entre la résignation, l’exil ou la fuite vers l’inconnu. La harga n’est pas une fatalité. L’exil contraint n’est pas un destin naturel.
Ce sont les conséquences de choix politiques, économiques et sociaux qui peuvent être corrigés. Ce sont les symptômes d’un modèle de gouvernance qui doit être profondément réformé. Ce sont les signes d’un contrat social qu’il faut reconstruire, sur des bases nouvelles, justes, démocratiques et solidaires.
Oui, il existe des raisons de désespérer, mais aussi de grandes raisons d’espérer. Elles existent dans l’intelligence de notre jeunesse. Elles existent dans la créativité de nos étudiants, de nos travailleurs, de nos entrepreneurs, de nos artistes, de nos agriculteurs, de nos ingénieurs, de nos enseignants, de nos médecins, de nos chercheurs et de nos militants.
Elles existent dans la force de nos femmes, dans la vitalité de nos territoires, dans la solidarité de nos villages et de nos quartiers, dans la profondeur de notre histoire et dans l’attachement indéfectible de notre peuple à son pays.
Certes, l’espoir n’est pas perdu, mais il ne se décrète pas. Il se construit. Il se construit par l’engagement collectif. Il se construit par la participation citoyenne. Il se construit par la réhabilitation du politique. Il se construit par l’implication massive des Algériennes et des Algériens dans la gestion des affaires publiques.
Chers camarades,
Hier, le combat était celui de la libération nationale : il fallait arracher l’indépendance. Aujourd’hui, le combat est celui de la construction nationale : il faut parachever le projet national en construisant un État de droit, moderne, démocratique et social.
Ce combat n’est ni moins noble, ni moins exigeant, ni moins patriotique. Il demande autant de courage, une autre forme de courage, vital pour s’organiser, proposer, débattre, participer, contrôler, voter, représenter dignement le peuple et construire des institutions à la hauteur des sacrifices consentis par nos martyrs.
L’Algérie pour laquelle milite le FFS depuis sa création, en 1963, est celle de Novembre et de la Soummam, un État de droit et de justice où la souveraineté nationale s’exerce à travers une véritable souveraineté populaire. Une Algérie où la jeunesse participe pleinement à la décision politique et à la construction nationale.
Nous voulons un État de droit fondé sur des institutions crédibles et légitimes : un Parlement qui contrôle réellement l’action du gouvernement, des élus responsables devant le peuple, des partis politiques libres, une société civile autonome et active, une presse indépendante, une justice impartiale et une administration au service du citoyen et de l’intérêt général.
Avec la conjugaison des efforts des uns et des autres, chacun à son niveau de responsabilité, nous pouvons sauvegarder l’unité de notre pays et sa souveraineté, dans tous les domaines, contre les dangers internes et externes, dans le contexte d’une recomposition imprévisible des rapports de force géopolitiques au niveau régional et mondial.Cette immunité nationale ne peut être solide que si elle repose sur la confiance retrouvée entre le peuple et sa classe dirigeante.
Chers compatriotes,
L’un des devoirs les plus évidents de la jeunesse algérienne, de nos jours, est de s’engager en politique ; non pas par calcul ; non pas par opportunisme ; non pas pour reproduire les pratiques qui ont éloigné les citoyens de la chose publique ; mais par amour du pays, par volonté de servir et par refus de laisser l’avenir des générations futures être confisqué par l’indifférence, la médiocrité etl’immobilisme sans vision.
La politique dans son sens noble, tel que nous l’a inculqué l’école du FFS et de Hocine Aït Ahmed, est un acte de responsabilité. C’est l’art de défendre l’intérêt national, au-delà de toute autre considération. Or, un espace public politique rajeuni, représentatif et réellement ouvert permettrait de construire les compromis, les projets et les grandes orientations dont le pays a urgemment et vivement besoin.
Démissionner et abandonner la politique, c’est laisser le terrain à celles et ceux qui ne croientni à la nation, ni au peuple, ni à la démocratie, ni à la justice sociale. C’est pourquoi je m’adresse aujourd’hui particulièrement aux jeunes Algériennes et aux jeunes Algériens : ne laissez personne vous convaincre que votre voix ne compte pas. Ne laissez personne vous enfermer dans le fatalisme. Ne laissez personne vous dire que votre avenir se joue uniquement ailleurs. Votre avenir doit pouvoir se construire ici, dans votre pays, sur votre terre, au milieu des vôtres, avec vos compétences, vos rêves, votre énergie et votre dignité.
Le pays a besoin de vous. Il a besoin de votre audace, de votre intelligence, de votre maîtrise des outils modernes, de votre créativité, de votre exigence morale et de votre refus de l’injustice. Il a besoin de vous dans les partis, dans les syndicats, dans les associations, dans les assemblées élues, dans les communes, dans les universités, dans les entreprises, dans les espaces culturels et dans tous les lieux où se construit la conscience collective.
Chers amis,
Les prochaines élections législatives du 2 juillet 2026 doivent être un moment de remobilisation citoyenne. Elles ne doivent pas être un rendez-vous de plus avec l’abstention et le désintérêt. Elles doivent devenir une occasion de renouer avec la participationpolitique et électorale, une occasion de faire entendre la vraie voix du peuple, une occasion de donner au pays une Assemblée populaire nationale plus représentative, plus responsable et plus capable d’assumer ses missions de législation, de contrôle et de proposition.
Nous savons que la confiance est encore abîmée. Nous savons que beaucoup de citoyennes et de citoyens doutent de l’utilité du vote. Nous savons que l’abstention est devenue, pour une partie de notre peuple, une manière d’exprimer la colère, la déception et le rejet.
Mais nous disons aussi que le vide politique ne profite jamais au peuple. Le retrait ne construit pas l’alternative. L’abandon des urnes laisse les institutions se vider de leur sens et éloigne encore davantage les citoyens des décisions qui engagent leur avenir.
Participer ne signifie pas renoncer à l’exigence démocratique. Voter ne signifie pas donner un blanc-seing. S’engager dans une bataille électorale, pour le FFS, c’est porter une exigence de transparence, d’équité et de représentation réelle. C’est occuper pacifiquement les espaces disponibles pour les élargir. C’est transformer le mécontentement en force politique organisée, ce que nous n’avons malheureusement pas réussi à faire durant le Hirak populaire du 22 février 2019.C’est faire du bulletin de vote un acte de conscience citoyenne et de résistance démocratique.
Le 2 juillet 2026, nous devons être au rendez-vous. Non par routine électorale, mais par responsabilité historique. Non par illusion, mais par volonté de changement pacifique. Non par naïveté, mais par lucidité politique.
Aucun changement durable ne peut se construire sans participation populaire massive, sans représentation crédible et sans réhabilitation de la souveraineté du citoyen.
Chers camarades,
La mémoire du 8 mai 1945 nous impose une exigence : ne jamais trahir le sens du sacrifice. Nos martyrs ne sont pas tombés pour que l’Algérie soit prisonnière de la peur, de l’injustice ou du désespoir. Ils sont tombés pour que ce peuple vive libre, digne, souverain et maître de son destin.
Honorer leur mémoire, c’est construire une école qui transmet l’histoire avec rigueur et fierté. C’est bâtir une économie qui offre du travail et de la dignité. C’est garantir la justice sociale pour tous. C’est défendre les libertés, toutes les libertés. C’est préserver l’unité nationale dans sa pluralité. C’est protéger notre souveraineté contre toutes les convoitises. C’est ouvrir les portes de la participation à la jeunesse. C’est redonner à la politique sa noblesse et au peuple sa pleine place dans la décision nationale.
Nous devons faire de notre mémoire un levier d’avenir. Nous devons faire de notre histoire une force de mobilisation. Nous devons faire de notre jeunesse non pas une génération perdue, mais une génération fondatrice d’un nouvel espoir national.
Oui, malgré les difficultés, il y a matière à espérer. Oui, malgré les blocages, l’Algérie peut se relever. Oui, malgré la tentation de l’exil et de la résignation, notre jeunesse peut devenir le moteur d’une reconstruction démocratique, sociale, économique et morale du pays.
L’histoire de notre peuple nous enseigne que les grands basculements commencent toujours par une prise de conscience. Le 8 mai 1945 a préparé Novembre. Novembre a ouvert la voie à l’indépendance. Aujourd’hui, la mémoire de ces sacrifices doit ouvrir la voie à une nouvelle étape : celle du parachèvement démocratique et social de l’État national.
Soyons dignes de Kherrata. Soyons dignes de Sétif. Soyons dignes de Guelma. Soyons dignes de Bouzid Saâl et de tous les martyrs de la liberté.
Gloire à nos martyrs.
Gloire au peuple algérien.
Vive l’Algérie libre, unie, démocratique et sociale.
Youcef Aouchiche
Premier Secrétaire national
