« L’amorce d’une dynamique de paix et de réconciliation nationale passe par l’ouverture du dialogue qui constitue la garantie politique essentielle pour permettre un climat favorable à toute consultation électorale libre et crédible. »

Notre pays se trouve aujourd’hui confronté au plus grand défi de son histoire.

Sept années de violences, destructions, carnages et massacres indescriptibles ont fini par provoquer une grande lassitude et un désenchantement généralisé. Les signes de désespoir mêlés à un sentiment de révolte gagnent de plus en plus toutes les couches sociales.

Aucun signe d’amélioration n’est venu rassurer les Algériennes et les Algériens.

Aucun geste significatif de la part des gouvernants n’est venu apaiser leur douleur.

Les conditions de vie des Algériennes et des Algériens ne cessent de se dégrader, pour atteindre à présent un niveau insupportable. Le seuil de rupture entre la société et ceux qui disposent de la décision politique n’a jamais été aussi proche.

Il n’échappe à personne que cette détresse grandissante peut à tout moment déboucher sur une explosion sociale aux conséquences graves. Celle-ci sera rendue inéluctable par les injustices multiformes que subit la population. Les restrictions imposées aux libertés fondamentales -libertés d’expression, d’organisation, d’information, de manifestation, syndicales, etc.-, les violations des droits de l’Homme et la corruption, font prendre au pays des risques réels de désintégration.

Le FFS a très tôt mis en garde les détenteurs du pouvoir sur les politiques successives de fuite en avant engendrées par le coup d’arrêt du processus démocratique de janvier 1992. Depuis, il n’a cessé de prévenir sur les dangers liés à la poursuite de l’option résolument sécuritaire qui fait l’impasse sur une solution politique, pacifique, démocratique et globale à la crise.

Le FFS en tant que force de proposition saisit toutes les occasions pour alerter l’opinion nationale et internationale sur la nécessité d’ouvrir un vrai dialogue avec toutes les forces politiques et sociales qui rejettent la violence et le terrorisme.

Tournant le dos à la solution politique telle que prônée par notre parti, le pouvoir, fidèle à sa logique de diktat, a imposé une échéance électorale -l’élection présidentielle de 1995- pour légitimer la poursuite de la politique du tout sécuritaire.

Cependant, les engagements du candidat Zéroual en faveur de la paix et de la réconciliation nationale ont amené le FFS à proposer, lors de son deuxième congrès en 1996, une Conférence Nationale pour la Paix. Cette proposition, récusée par le pouvoir, a donné lieu à une parodie de « dialogue » qui a abouti à la « conférence d’entente nationale ».

Les promesses de paix et de réconciliation très vite ignorées, le pouvoir a organisé un référendum sur une nouvelle constitution consacrant le césarisme présidentiel et poursuivi l’opération de « mise en place des institutions », dans un climat de pressions et manipulations diverses, d’intimidations voire de menaces et de fraude à ciel ouvert.

Le FFS a dénoncé cet enchaînement d’arbitraire, de déni, d’exclusion et de détournement de la volonté populaire.

Ces institutions, instrumentées aux fins de faire admettre à l’opinion internationale que l’Algérie était en transition démocratique, ont fini par révéler leur non efficience et leur non perfectibilité. En effet, l’annonce du départ prématuré du Président de la République, sur fond de règlements de comptes claniques, démontre que le pouvoir réel ne réside pas dans les institutions « élues ». L’absence de motifs constitutionnels -ce cas de figure n’étant pas prévu » met à nu la nature réelle d’un pouvoir au-dessus de toute juridiction, et place de fait ces institutions en état de vacance.

Le FFS considère que cette situation, propice à toutes les manœuvres et intrigues, laisse la voie ouverte aux aventuriers et apprentis sorciers de tous bords pouvant mettre en péril la cohésion nationale.

Le peuple algérien, première victime, ne veut plus payer le prix de décisions fondamentales qui l’engagent sans sa participation effective.

Aujourd’hui, la responsabilité de ceux qui incarnent l’autorité est très grande. A leur tête, le Président de la République.

Le FFS saisit l’occasion de cette rencontre, pour demander à tous les acteurs politiques et sociaux d’opérer des révisions déchirantes et d’assumer pleinement leurs responsabilités devant l’histoire.

Seul un compromis historique pour la paix et la réconciliation nationale arrêtera ce processus chaotique et permettra la consolidation d’un Etat civil, de Droit, fort et pérenne.

Pour concrétiser ce compromis historique, le FFS demande au président Zéroual d’ouvrir un dialogue franc et transparent avec toutes les forces politiques qui rejettent la violence et le terrorisme, à l’exception des groupes armés, pour réaliser le consensus politique et social le plus large autour d’une issue politique, pacifique et globale à la crise.

Pour être crédible, le dialogue doit être accompagné de mesures de détente, notamment :

– La levée de l’état d’urgence et la libération des détenus d’opinion ;

– la levée des restrictions sur les libertés fondamentales ;

– le respect et la promotion des droits de la personne humaine ;

– l’ouverture des champs politiques et médiatique, en garantissant notamment :

– l’accès libre et équitable aux médias publics,

– l’arrêt immédiat des harcèlements judiciaires,

– le respect des droits des travailleurs et des libertés syndicales.

Pour le FFS, l’ouverture du dialogue favorisera une sortie de crise globale et politique nécessitant une période et des institutions de transition gérées à plusieurs.

L’échéance électorale projetée doit s’inscrire dans cette démarche globale et consensuelle, nécessaire à l’amorce d’une dynamique de paix et de réconciliation nationale.

Cette démarche constitue la garantie politique essentielle pour permettre un climat favorable à toute consultation électorale libre et crédible.

1998